Togo/Carburant Frelaté: Pollueur de l’air et danger pour la santé!

Le 11 septembre dernier, les consommateurs togolais ont eu du mal à se procurer du carburant. Cette situation pénible qu’elle a pu être, a  paralysé bon nombre d’activités des citoyens Togolais.

La raison évoquée, selon le ministre en charge de la consommation locale, M. Kodzo Adedze  lors du conseil des ministres tenu à cet effet a été, la forte variation haussière de la consommation du fait de la limitation des sources d’approvisionnement parallèles.

De ce fait, les mesures urgentes prises ont permis de ramener la situation à la normale. Au grand soulagement des Togolais.

Cette rupture de stock a fait les beaux jours du carburant frelaté communément appelé  » boudè » et vendu à tous les coins de rue du pays. Cependant à en croire certaines organisations de la société civile occidentale, le carburant en question fourni au Togo serait de mauvaise qualité et pas très loin de ce boudè en terme de qualité.

En effet, l’on se rappelle que selon un rapport publié le 9 juillet 2018, par la « police environnementale » des Pays-Bas, le danger pour la santé suite aux carburants hautement toxiques et cancérigènes livrés aux États d’Afrique de l’Ouest depuis les ports d’Amsterdam et de Rotterdam est considérable.

Parmi ces pays de l’Afrique de l’Ouest, destinataires de ce « carburant sale », stocké dans les ports néerlandais d’Amsterdam et de Rotterdam, le Togo grossi les rangs, suivi du Mali, du Bénin, de la Côte d’Ivoire et du Nigeria.

Selon les données compilées dans le document publié par la police environnementale hollandaise,  » Les carburants produits à destination de l’Afrique de l’Ouest ne sont pas conformes aux standards européens. Les producteurs et traders de ces matières manquent de transparence sur la composition de leurs produits, de sorte que les utilisateurs, les autorités compétentes (…) ne peuvent pas prendre la mesure des risques encourus »

Des composants toxiques en très haute quantité, nuisibles pour l’environnement

La police environnementale hollandaise rapporte la présence de certains hydrocarbures (hydrocarbures aromatiques polycycliques) considérés comme des produits hautement cancérigènes et des particules fines lorsqu’ils sont utilisés avec le diesel. Les gasoils et diesels exportés vers l’Afrique de l’Ouest contiennent davantage des substances toxiques et cancérigènes que dans l’Union européenne, c’est parce que « les négociants en carburant profitent des standards moins stricts » dans ces pays importateurs, incriminent les enquêteurs.

A Lomé et dans pratiquement toutes les régions du Togo, l’essence frelatée (boudè)  est vendue en plein air ! Le phénomène n’est pas nouveau et reste connu de tous ! Si ses conséquences sont nombreuses sur la santé, ses effets néfastes sur l’environnement ne sont pas moins négligeables.

Une enquête au Togo révèle des disparités dans les politiques de lutte contre le phénomène de la pollution de l’air par les carburants. La lutte n’a donc pas le même visage lorsqu’on est à Cotonou, Lomé ou à Niamey.

Dans ces villes, la pollution de l’air sévit et de très bonnes lois pour y lutter contre existent. Mais elles ne sont pas toutes respectées à la lettre.

Ces pays francophones disposent, chacun, d’une loi sur l’environnement. Les textes, dans leur ensemble, encouragent une lutte farouche contre la pollution de l’air.

La loi du Togo stipule en son article 5 que : « Le principe pollueur-payeur, selon lequel les frais découlant des actions préventives contre la pollution, ainsi que des mesures de lutte contre celle-ci, y compris la remise en l’état des sites pollués, sont supportés par le pollueur».

A en croire l’article 108 de cette loi « toute personne qui produit ou détient des déchets dans des conditions à produire des effets nocifs sur le sol, la flore ou la faune, à dégrader les paysages, à polluer l’air ou les eaux, à engendrer des odeurs et d’une façon générale à porter atteinte à la santé de l’homme, des animaux domestiques et à l’environnement, est tenue d’en assurer ou d’en faire assurer l’élimination ».

Par ailleurs, le Togo dispose d’un arsenal de textes qui réglementent la chasse, une activité qui constitue la principale cause des feux de brousse source de pollution, et la coupe de bois Car les arbres jouent un grand rôle dans l’équilibre atmosphérique en absorbant du gaz carbonique et en rejetant de l’oxygène.

Au niveau des industries, les textes disponibles exigent des Études d’Impact Environnemental et Social (EIES) avant leur mise en place. Ainsi tous les quatre ans, elles sont soumises à un audit environnemental pour vérifier si les effets néfastes relevés en amont par les Études d’Impact Environnemental et Social ont été réduits. Cette méthode met en exergue l’implication des industries (souvent polluantes) dans la protection de l’environnement au Togo.

Malheureusement, les industries qui sont implantées au Togo avant 2005 n’ont pas fait des Études d’Impact Environnemental et Social. Aujourd’hui, elles sont plutôt dans une démarche d’accompagnement progressif vers ces études.

L’état Togolais s’appuie sur la qualité du carburant

Au Togo, l’État mise aussi sur la qualité des carburants. Des efforts ont été déployés dans les transports en commun, notamment grâce à la société d’État Sotral qui met des bus en circulation dans tout le pays, particulièrement pour desservir la capitale et ses zones périphériques.

Des dispositions permettent de réduire la pollution de l’air qui croît en teneur du fait de l’effet polluant des motos de plus en plus nombreux. « Outre le transport, plusieurs autres secteurs polluent l’air et affectent la santé. Face à cela, le gouvernement a pris des mesures, dont la limitation à 10 ans au plus de l’âge des véhicules usagés à importer au Togo. » , a confié le directeur de cabinet du ministère en charge de l’Environnement, M . Kodjo Kudadze.

Et de révéler «  Le développement du parc automobile en même temps qu’il procure du bien aux utilisateurs impacte très négativement l’environnement, la combustion du carburant dans les moteurs des véhicules et surtout usagés. »

Hervé Amewoinou Edorh, Ingénieur à Envi Pur, une structure spécialisée dans la mise en place des infrastructures de protection de l’environnement et sur les questions de la qualité de l’air indique que dans la lutte contre la vente du carburant frelaté, on peut trouver une alternative en réduisant le taux de plomb dans les carburants et ou en adoptant directement des carburants sans plomb.

« La question de la pollution de l’air est globale d’autant plus que l’atmosphère est commune à tous. Et comme il n’y a pas de frontière aérienne, il est essentiel que tous les pays ratifient les accords et se mettent tous au même niveau, pour que la lutte ait un impact significatif » précise-t-il.

Et de suggérer « Il faut savoir prendre le décret, élaborer les textes, mais aussi savoir les appliquer. Le Togo n’arrive pas vraiment à respecter les textes en matière de pollution de l’air. Il existe pourtant un guide sur l’audit environnemental et qui couvre tous les quatre ans pour permettre de quantifier la qualité l’air, et pour savoir plus tard en cas de problème, qui a pollué l’environnement ou pas. Cependant, nous gardons espoir, car il y a des entreprises qui commencent par se mettre au pas.»

« On ne peut pas parler de la qualité de l’air sans parler de la qualité du carburant, nous devons travailler en concertation avec le ministère de l’énergie pour que nos activités se concordent et que des doléances puissent être prises dans des textes qui seront élaborés à ce niveau-là », a précisé un spécialiste des hydrocarbures au Togo. En Afrique subsaharienne, 27 pays disposent de lois sur la protection de l’environnement qui fixent les paramètres du carburant des véhicules et les normes d’émission des gaz par les industries.

Les taxi motos, une autre cause

Près de 50 000 taxis-motos au Togo polluent allègrement à longueur de journée l’atmosphère au point où respirer de l’air sain devient difficile pour les habitants. La mauvaise qualité de carburants que ces véhicules consomment dans ces pays constitue une autre source de pollution.

Les produits pétroliers frelatés (essence, pétrole et huile à moteur) au Togo se vendent à chaque coin de rue. Cette activité en provenance du Nigéria qui a commencé presque à la même période que le zémidjan, assure des revenus à des dizaines de milliers de personnes et occasionnent chaque année des dizaines de milliards de francs CFA de manques à gagner aux Etats.

Au Togo, les autorités essayent de combattre la vente illicite de ces produits qui polluent. Mais la lutte ne prend pas. Les gouvernants finissent par abandonner la bataille.

Selon André Johnson, l’ancien ministre togolais de l’environnement « Les  besoins en énergie sont en croissance exponentielle avec pour conséquences la pollution de l’air, de l’eau et de la terre, la déforestation et des émissions de gaz à effet de serre entraînant le réchauffement de la planète ».

Répercussions sur la santé

Selon , l’Association des Journalistes scientifiques du Bénin, la pollution de l’air est responsable des maladies non transmissibles telles que les accidents vasculaires cérébraux (34%), des cardiopathies ischémiques (26%), des bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO), (22%), des  pneumonies (12% et des cancers du poumon (6%). Selon l’OMS, l’exposition à des polluants de l’air à l’intérieur des habitations entraîne 3,8 millions de décès prématurés. La même source révèle que plus de 4 millions de personnes meurent prématurément de maladies imputables à la pollution de l’air domestique due à la cuisine à base de combustibles solides.

Hector Nammangue

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