GNAOUE Stanislas : « Pendant que nous tournons de sommet en sommet le carburant tue et cause des dégâts climatiques »

L’adoption des modes de transports respectueux de l’environnement inquiète les acteurs de la protection de l’environnement. Au Togo, comme ailleurs la question préoccupe.  Gnaoue Stanislas, Consultant et représentant  pour le compte d’une structure américaine spécialiste des questions environnementales liées aux hydrocarbures pose le débat. Dans un entretien accordé à vert-togo.com, l’acteur engagé pour la sauvegarde de l’environnement, nous en dit davantage sur sa pensée. Occasion pour lui de partager également ses points de vue pour une meilleure gestion de ce sujet. Interview.

Vert-Togo : En quoi  l’utilisation du carburant par les Togolais constitue un  problème d’ordre environnemental ?

Gnaoue Stanislas : La consommation du carburant constitue un problème environnemental, non pas seulement au Togo, mais partout dans le monde.

De l’extraction à sa consommation, l’exploitation du carburant pétrolier (essence, gasoil, mazout, fuol, JetA1, ddo, hfo, etc…) est la première cause des problèmes de changement climatique et de pollution environnementale. Etant vous-même un journaliste spécialiste de la question je ne vous apprends rien, en soulignant qu’il s’agit d’abord et avant tout d’une question de santé publique. Les institutions internationales (tel que l’OMS) depuis longtemps ont alertées ceux qui veulent bien l’entendre, je dirais ceux qui se soucient réellement de la santé de leur population, pour ne pas dire ceux qui se soucient de leur propre santé ; car c’est un fait, le carburant tue, nous sommes tous des morts en sursis.

D’ailleurs grâce à l’accord de Paris, certains pays africains ont pris conscience, en témoigne leur engagement dans le fameux programme dénommé CDN (Contribution Déterminée au niveau National)

Vert-Togo : Qu’est-ce que vous proposez aux Togolais  comme solution  face à cette situation? Si l’on sait que vous êtes contre l’usage des véhicules électriques ?

Gnaoue Stanislas : D’abord il est important de féliciter le chef de l’état togolais pour son engagement sur cette question. Grace à son leadership, le Togo est l’un des rares pays africains à poser des actions concrètes en faveur des solutions environnementales et surtout dans le respect et l’application des engagements des CDN togolais vis-à-vis du monde.

Ensuite pour revenir au second volet de votre question, nous ne sommes pas contre l’utilisation des véhicules électriques. Mais nous disons que ce n’est pas une solution objective aux problèmes que pose la pollution environnementale, par rapport à l’économie nationale, la santé publique et le climat.

Lorsqu’on aborde la question de façon objective et responsable, surtout lorsqu’on veut appeler « un chat » « un chat », on est obligé de reconnaitre que le problème de pollution environnementale dans le secteur transport ou énergétique, n’est pas le moteur à combustion, donc ce n’est pas la voiture ou l’avion, mais plutôt le combustible lui-même. Et donc si on se soucie réellement des effets sur la santé publique et l’économie nationale, il faut s’attaquer directement à la source du problème et non aux engins. D’ailleurs lorsqu’on choisit d’opter pour les moteurs électriques au lieu des moteurs ordinaires à carburant fossile, cela démontre que le problème ce n’est pas l’engin, mais plutôt sa source d’énergie.

Toujours dans une visée objective l’Afrique ne dispose pas encore suffisamment d’électricité pour se lancer dans les engins électriques. Et d’ailleurs dans le monde entier à ce jour +80% des sources d’énergie (électricité) sont d’origine fossile. Avec toute l’évolution de la science sur la question, nous en sommes là, c’est un fait.

L’adoption des énergies renouvelables est louable, mais leur application efficiente pour un impact effectif dans la vie quotidienne de nos populations n’est pas pour demain. Alors conscient de cette vérité et prenant en compte la nécessité de nos jeunes économies à émerger, le carburant pétrolier a encore de beaux jours devant lui.

Si nous sommes d’accord sur ça, encore une fois rendons nous à l’évidence et trouvons des solutions pour réduire ou « atténuer » (pour emprunter le mot des CDN) l’impact nocif du carburant pétrolier sur la santé publique et le changement climatique. Par ce que pendant que tournons en rond de sommets en sommets le carburant tue et cause des dégâts climatiques.

Enfin ce que nous proposons, c’est d’abord attirer l’attention des autorités africaines, sur des solutions qui existent pour traiter le carburant post-raffinage. Cela permettrait effectivement de réduire l’impact sur la santé publique en Afrique où nous ne disposons même pas de bons plateaux médicaux. Avec nos faibles économies, si l’air que nous respirons doit continuer à nous rendre malade et nous tuer, alors bonne chance pour l’émergence.

Comme l’Europe est généralement pour l’Afrique une boussole de référence, je vous signale qu’une étude de l’OCDE a démontré que la pollution de l’air due aux carburants (je souligne que leur carburant serait de meilleure qualité que ce utilisé en Afrique) a un impact néfaste sur l’économie européenne en terme de « baisse de productivité au travail » due aux maladies liées à cette pollution, « l’augmentation des dépenses de santé » et les « pertes de rendement agricole » ; alors je vous laisse imaginer ce que pourrait démontrer une telle étude en Afrique.

Vert-Togo : Quelle sont déjà les actions que vous avez mené par rapport à cette bataille ?

Gnaoue Stanislas : Nous sensibilisons les gouvernements africains et ceux d’autres pays du monde avec qui nous avons des contacts, sur la nécessité de procéder aux traitements des carburants pétroliers destinés à la consommation sur leur territoire respectif, de sorte à réduire immédiatement dans un premier temps leurs impacts nocifs sur la santé et le climat, mais aussi sur l’économie nationale à travers la réduction des subventions.

Déjà certains pays qui ont compris cette vérité, sont en phase de négociation d’un PPP en vue de procéder à l’application effective de cette solution sur leur territoire nationale.

Vert-Togo : Quelles sont vos perspectives ?

Gnaoue Stanislas : Voir tous les pays du monde en général et africains en particulier adopter cette expertise dans le cadre des objectifs à atteindre de leur CDN pour réduire à hauteur de 80% les émissions de GES dans les secteurs énergies et transport.

Interview réalisée par Hector NAMMANGUE

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