Kokouvi Anyron est tout heureux de se promener sur la plage en face de l’hôtel Onomo, dans la commune du Golfe 1. Mais son plaisir ne sera que de courte durée. Et pour cause, la saleté du sable jonché de déchets et de détritus divers rend le décor repoussant. À cet endroit, la plage de Lomé ressemble plus à une immense décharge à ciel ouvert qu’à une attrayante étendue de sable fin qu’elle devait être.
Les vagues de la mer rejettent inlassablement plusieurs types de déchets, notamment des sachets plastiques. Même si aucune crise sanitaire n’a encore été directement liée à cette situation, elle pose un réel problème environnemental et d’assainissement en termes de qualité de la plage et des eaux de baignade.
« Interdit de salir la plage », peut-on lire sur de grandes pancartes qui jalonnent la plage. Et pourtant, il y a plus de déchets par terre que dans les quelques poubelles disposées çà et là par certaines ONG de la place.

« Les gens ne réalisent pas l’importance de garder la plage propre. », se désole Kokouvi. Venu avec trois amis pour se pavaner au soleil, le petit groupe a vite déchanté.
À côté de ce flot de déchets, de grandes flaques noires d’eaux usées, issues des ménages ou des industries, perlent au bout de grosses canalisations en ciment qui complètent le tableau terni du littoral togolais.
C’est ainsi que chaque année, 8 millions de tonnes de déchets en plastique sont rejetées dans les océans. Ils menacent l’écosystème et sont directement responsables de la mort d’environ 100 000 mammifères marins par an.
Malgré la pluralité d’activités menées périodiquement par la commune du Golfe 1 ou certaines structures de la place, pour assurer la propreté de la plage de Lomé, le littoral togolais reste toujours souillé.
« Au niveau de notre commune, dans le Golfe 1, ce n’est pas une action ciblée que nous menons sur les déchets qui sont rejetés par la mer en réalité. Mais c’est tout déchet qui se trouve sur le littoral dont nous nous débarrassons avec des actions périodiques. Nous sommes également appuyés par l’ANASAP. », a affirmé Espoir Koudjodji, Maire adjoint de la commune du Golfe 1, interrogé par Vert-Togo.
Les égouts : un réel problème !
D’après les explications de Gado Bemah, expert en gestion des déchets, le mauvais usage des égouts connectés à la mer serait à l’origine de ce flot de déchets déversé sur la plage.

« Au départ, quand on avait construit les égouts qui reliaient la mer, c’était juste de l’eau de pluie qui était drainé. La ville de Lomé se limitait à Amoutiévé et la population n’était pas considérable. Mais la population s’est accrue et la consommation a augmenté. La population a augmenté, mais la stratégie de gestion d’assainissement n’a pas suivi. Les gens ont commencé à exploiter les égouts pour d’autres fins. Dès qu’il pleut, les eaux de ruissellement collectent tous ces déchets et les envoient sur la plage. Finalement toutes ces eaux sont déposées et cela crée du lixiviat qui engendre des odeurs nauséabondes. », a-t-il affirmé.
De plus, indique-t-il, cette situation ne peut pas être vectrice de développement du pays.
« Ce problème d’assainissement ne peut favoriser l’éco tourisme, ni favoriser des opportunités économiques. La plage n’est pas suffisamment aménagée. La plage n’est pas attrayante. Au contraire elle sera la niche des maladies avec des embouchures qui sont créées autour de ses égouts. La pollution créée est directement connectée à l’océan. Même ce que nous consommons de l’océan est un danger. »
Penser aux alternatives
Pour atténuer cette situation, Gado Bemah recommande que l’état mette en place un mécanisme de traitement des eaux usées sur la plage de Lomé.
« Cette station pourra traiter les eaux usées et pourra la redistribuer par la société Togolaise des Eaux (TdE). Le niveau d’eau qui ne sera pas utile à la consommation peut être utilisé dans l’agriculture. Il faudra refaire un schéma de l’assainissement de la ville de Lomé. Le système d’assainissement des anciens quartiers doit être revu pour éviter que les eaux collectées se retrouvent dans les océans.
Ajouté à cette piste de solution, l’expert en gestion des déchets a indiqué que les communes n’ont pas les capacités financières nécessaires pour affronter ce problème d’assainissement. Toutefois, elles doivent participer à l’assainissement de la plage, à l’aménagement des égouts ; trouver un mécanisme pour retenir les déchets. Mettre un filet au niveau des égouts pour collecter les déchets qui en sortent pour qu’ils n’arrivent pas dans l’océan et aussi sensibiliser les populations.
Hector N.


