Présidentielle 2020 : des jeunes s’engagent pour le droit à l’eau potable au Togo

Ils sont des jeunes, des électeurs, et ils ont choisi un parti : leur parti, c’est l’Eau. Venus de différents horizons, avec des opinions différentes, et des parcours parfois diamétralement opposés, ils ont décidé de se mettre ensemble pour porter leur voix à l’endroit des 7  candidats qui s’apprêtent à conquérir le fauteuil présidentiel  pour des  millions de togolais qui ne disposent toujours pas d’un accès basique et sécurisé à l’eau potable ou à une latrine  digne et capable de les protéger des maladies et de préserver les ressources naturelles.  Ceci,  par une lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle de 2020.

« Monsieur le Candidat, comme tout électeur, nous écoutons avec attention vos propositions ; malheureusement jusqu’alors, nous sommes restés sur notre soif concernant l’Eau.  Oui, vous prévoyez mener des actions pour améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement. Mais concrètement, combien d’ouvrages prévoyez-vous réaliser chaque année ? Mieux, combien comptez-vous investir, pour les 5 prochaines années, dans ce secteur capital ? » , s’interroge le porte-parole du  mouvement pour l’eau , M. Flamay Ahiavor , Président du Parlement national de la jeunesse pour l’eau (Pnje), dans  la lettre ouverte  aux candidats.

Selon les membres du  parti de l’eau, malgré les dernières avancées, il y a toujours urgence et l’heure est à l’action.

Les données compilées par le parti  de l’eau parlent d’elles-mêmes : 2,38 millions de togolais n’ont pas accès au service basique d’eau potable, 5,88 millions de togolais ne disposent pas d’un service basique d’assainissement non collectif (latrines) ; 3,5 millions de togolais y compris les femmes pratiquent toujours la défécation à l’air libre (1) avec tous les risques sanitaires et sécuritaires que cela comporte 1000 enfants de moins de 5 ans dont plus d’une cinquantaine de togolais meurent chaque jour dans le monde à cause des maladies diarrhéiques pourtant évitables.

Plusieurs écoles primaires publiques du Togo ne disposent pas de points d’eau potable ni de toilettes, obligeant les élèves dont les filles à aller en brousse pour leurs besoins et plus tard à abandonner l’école parce que ne pouvant plus supporter ce manque de dignité et de sécurité

Aujourd’hui encore, en 2020, dans plusieurs localités, des femmes et des filles togolaises font plus de 6 heures de temps ou plus de 6 km pour une seule corvée d’eau soit respectivement plus de 12 fois et 6 fois la norme prévue par les ODD, ce qui les empêche soit de pratiquer aisément une Activité Génératrice de Revenue  soit d’aller à l’école

Entre Juillet 2018 et Juin 2019, 61% des consultations médicales dans les centres de santé publique du Togo sont dues à des maladies d’origine hydrique.

69,1% de togolais utilisent une eau de boisson présentant une contamination fécale à la source et 90,2% des ménages boivent une eau contaminée à domicile (5)

Seulement 40% des Sociétés de Production d’Eau Conditionnée en Sachet (SPECS) disposent de l’agrément du Comité Interministériel de Contrôle des Eaux Conditionnées

Seulement 31% de SPECS ont un contrat d’analyse mensuelle de leur eau avec l’Institut National d’Hygiène (INH)

93%, voire plus, des eaux usées produites au Togo sont directement déversées dans la nature , notamment dans les cours d’eau, sans aucun traitement préalable

En 2020, le budget annuel national (fonctionnement et investissement) alloué au secteur de l’eau fait 2% du budget global (8), ce qui est largement inférieur aux engagements du Togo de consacrer au moins 5% de son budget national à l’eau et à l’assainissement (Déclaration de Ngor en 2005).

Sur les dix dernières années (2008-2018), le budget national alloué au secteur de l’eau et de l’assainissement reste inférieur à 3% du budget national , avec une bonne partie utilisée pour le fonctionnement.

A l’horizon 2045, le Togo va tomber en stress hydrique  si le cadre de gestion des ressources en eau et le niveau des investissements actuels ne sont pas améliorés

L’instabilité institutionnelle du secteur ne permet pas l’efficacité dans les actions. Au niveau de l’eau, sur la période 2010 à 2019, le secteur a eu cinq (5) ministères de tutelle : Ministère de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hydraulique Villageoise ; Ministère de l’Equipement Rural ; Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de l’Hydraulique ; Ministère de l’Eau et de l’Hydraulique Villageoise ; Ministère de l’Eau, de l’Equipement Rural et de l’Hydraulique Villageoise. Pour l’assainissement, on note une fragmentation des directions au niveau de plusieurs ministères et un chevauchement des compétences de celles-ci .

Dix ans après son adoption par l’Assemblée Nationale, le Code de l’eau du Togo reste encore à une étape embryonnaire dans sa mise en œuvre et les textes d’application ne sont pas totalement pris. Les principes de « préleveur-payeur » et de « pollueur-payeur » ne sont toujours pas respectés dans notre pays

 « Vous délirez, Jeunes gens ! il y a des urgences économiques, sécuritaires à résoudre ; il y a des secteurs prioritaires », nous diriez-vous. Lit-on dans la lettre ouverte.

« Oui Monsieur, vous n’avez pas menti mais vous avez manqué de voir le lien entre l’eau et les autres secteurs. La viabilité des secteurs que vous considérez ‘’prioritaires’’ dépend de l’eau. », ajoute-t-il.

 En effet : les dommages économiques causés par le manque d’approvisionnement en eau et assainissement sont estimés annuellement 260 milliards de dollars US  largement au-delà des dommages économiques liées aux conflits armés 1 dollar US investit dans l’amélioration de l’accès à l’eau rapporte 2 dollars US et 1 dollar US investit dans l’amélioration de l’accès à l’assainissement rapporte 5,5 dollars US  en termes de gain de temps et d’amélioration de la santé ; aucun autre secteur ne fait mieux.

La réalisation d’un ouvrage d’eau potable permet aux femmes de développer des AGR et d’aller vers une autonomisation financière

Le nombre de décès annuel dû au manque d’approvisionnement en eau et assainissement est de 780 000 personnes tandis que les décès liés aux conflits armées sont de 75 000 personnes
cours de la période 2000–2009, 94 conflits liés à l’eau ont été enregistrés (l’eau jouait un rôle déclencheur dans 49 cas, constituait une arme dans 20 cas et avait le statut de victime dans 34 cas)

Les conflits liés à l’eau enregistrés lors de la période 2010–2018 (jusqu’en mai 2018) se sont élevés à 263 (l’eau jouait un rôle déclencheur dans 123 cas, constituait une arme dans 29 cas et avait le statut de victime dans 133 cas) .

L’agriculture est fortement tributaire de l’eau ; au Togo, c’est le 2ème poste de consommation de l’eau avec 107 millions de m3 en 2015, soit une augmentation de 270% par rapport à 2007 (10)

Environ 90 % de toutes les catastrophes naturelles sont liées à l’eau  avec des impacts importants sur l’ensemble des secteurs.

Ces exemples démontrent à suffisance qu’il faut donc prioritairement investir dans le secteur de l’eau et de l’assainissement pour avoir les co-bénéfices sur les autres secteurs.

Ce qu’ils veulent

Ils demandent aux candidats de prendre  l’engagement aujourd’hui, car le temps presse à consacrer chaque année, d’ici à la fin de leur mandat, au moins 15% du budget national à l’eau et à l’assainissement dont la grande partie pour les investissements

Assurer la stabilité institutionnelle pour le secteur de l’eau et de l’assainissement au sein de votre gouvernement en maintenant un ministère spécifique à l’eau.

Opérationnaliser le fonds GIRE pour le financement des actions en faveur de l’eau et de l’assainissement.

Opérationnaliser le Conseil National de l’Eau pour le suivi des actions dans le secteur de l’eau et de l’assainissement.

Prendre des mesures pour sanctionner les sociétés de production d’eau potable non respectueuses des règles et normes de production.

Mettre en œuvre le code de l’eau dans tous ces aspects notamment les principes « préleveur-payeur » et « pollueur-payeur »

Promouvoir le dialogue intergénérationnel dans le secteur de l’eau et responsabiliser les jeunes et les femmes dans les espaces de dialogue liés à l’eau.

Tout simplement, nous vous demandons de vous engager davantage pour l’eau afin que le Togo, notre pays, soit au rendez-vous du développement durable en 2030, la tête haute.

Et de rassurer « Nous serons là pour vous soutenir car nous sommes tous concernés par ce combat. »

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