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Uriner en public : un problème hautement sanitaire et environnemental au Togo

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Salim Moussa, dans sa dixième année, ne sait pas si c’était bien ou mauvais d’inonder d’urine les murs de son quartier Hédzranawoé. L’adolescent surpris lors de sa sale besogne au pied d’un mur où il était bel et bien inscrit ‘’Interdit d’uriner, amende 5000 FCFA’’, nous confie plus tard qu’il a gardé les habitudes de son père ainsi que de ses cousins. “Cet acte aussi incivique qu’insalubre est contagieux tout comme la peste”, scande un habitant du même quartier.

Uriner en public ne gêne plus nombre de Togolais, que ce soit à Lomé, à Kara ou ailleurs, dans d’autres villes du Togo. Sans doute parce que les latrines publiques sont rares, voire inexistantes. Alors, on se soulage avec incivisme, à ciel ouvert, dans la rue, à la plage. Et même comme le petit Moussa contre les murs des maisons.

À Lomé, capitale du Togo, la ville et ses périphéries sentent l’urine. Se soulager en public se banalise. On ne se gêne plus d’uriner devant les gens, peu importe l’heure ou l’endroit ! À chaque coin de rue, les odeurs d’urines et d’excréments accompagnées de mouches vous accueillent.

L’autorité est témoin impuissant de l’enracinement de cette mauvaise habitude. Elle n’ose rien faire. Il devient totalement ordinaire que le chef  de quartier s’arrête lui-même pour se « soulager » au coin de la rue, derrière un arbre. Dommage que les mairies ne prennent pas sérieusement ce phénomène.

Pareil pour ce chauffeur qui fait un arrêt le long de la route, descend et « pisse » sur le mur d’à côté. Dans les parkings, difficile d’avaler son pain à certains endroits, à cause des puanteurs. Sur les pneus de leurs véhicules, chauffeurs et convoyeurs se soulagent. Comme s’il n’en suffisait pas, l’autorité en charge de la sécurité et responsable coercitive des actes inciviques (les policiers) le fait aussi, personne ne peut accuser l’autre d’atteinte à la pudeur.

Des problèmes sanitaires et environnementaux

Selon les statistiques, l’humanité produirait au quotidien jusqu’à 7 millions de litres d’urine. Pas de quoi paniquer, on parle d’un nouvel “or vert”. Les scientifiques savent tirer profit de tout, mais pas au Togo. L’urine est réputée, porteuse de beaucoup de vertus : bonne source d’énergie, engrais organique ou mieux encore : médicament. Mais elle est aussi porteuse de plus de 3000 composants chimiques.

Selon Prosper Sékdja SAMON, doctorant en Sociologie de l’Environnement à l’Université de Lomé (UL), l’urine étant l’un des liquides biologiques produits par les animaux, incluant les humains, elle constitue la plus grande part des déchets liquides du métabolisme de l’organisme des vertébrés.

« L’envie d’uriner peut surprendre, dit-on, mais de plus en plus, on constate surtout en partant de l’exemple de Lomé que les hommes et les femmes s’adonnent à cette pratique, qui est du moins peu recommandable. », lance t-il, avant de préciser qu’environ 13% de la population mondiale urine en public.

Le  sociologue de l’environnement le déplore. ” Il   suffit de regarder les murs bardés des inscriptions : « Défense d’uriner sur le long du mur » ; « interdit de pisser ici, amende 5000 » qui sont légion à Lomé pour se convaincre de l’ampleur du phénomène et de l’exaspération des riverains de ces zones transformées en « toilettes d’occasion” .

Quoique les zones rurales soient les plus exposées, Lomé enregistre bon nombre de ses habitants qui se soulagent dans les coins de rues, sur des terrains vides, le long des voies, dans les caniveaux, et autres endroits aussi impropres qu’incommodes.

Sur le plan environnemental, avec sa forte teneur en ammoniac, M. Prosper SAMON indique que  l’urine cause des préjudices aussi bien au couvert végétal qu’à la souche du sol. Si des études sérieuses dans ce sens ne sont pas encore arrivées à démontrer son impact sur la nappe phréatique, son influence n’est pas tout de même à occulter.

Sur le plan confort, cette pratique est dégradante du fait que celui qui s’y adonne, est obligé d’adopter des postures malsaines, puisqu’aucune  règle d’hygiène n’est observée (avoir les derniers gouttes d’urine sur ses chaussures, voire sur les mains, ne pas se laver les mains après, etc.) ; de même que l’odeur qui s’échappe du lieu est totalement handicapante, contribuant ainsi à une pollution atmosphérique.

A en croire,  le coordonnateur du PNJE, flamay  Ahiafor, président du Parlement national des jeunes pour l’eau (PNJE) , avec ce phénomène, deux problèmes se posent celui de l’éthique et celui sanitaire.

“Éthique tout d’abord parce que nous sommes dans des sociétés et certaines choses ne se font pas publiquement. C’est un peu dangereux de voir des citoyens poser de ces genres d’acte publiquement. C’est encore plus grave quand c’est la femme qui le fait. Cela pose donc un problème moral. L’autre aspect est la pollution odorante donc celui sanitaire. Les divers coins de Lomé dégagent des odeurs nauséabondes et les gens ne peuvent pas vivre dans ces zones. Il ne faut pas négliger non plus, le fait que les enfants qui sont également exposés jouent et peuvent se frotter à ces endroits. Tout ceci peut être vecteur de microbes et de bactéries. L’autre chose à évoquer est qu’une fois le besoin satisfait, les citoyens ne pensent pas à se laver les mains et ces mains font le tour des salutations et cela fait circuler des microbes. Des fois, c’est par ignorance et d’autres, c’est par défiance vis-à-vis de l’autorité.”, reconnait -il.

Sur le plan sanitaire, cette pratique expose l’individu aux différentes maladies que l’air ambiant draine et qui peuvent causer un réel préjudice à son organisme. Le risque d’uriner sur des cultures qui peuvent se retrouver dans les plats plus tard avec leurs lots de contamination aussi n’est pas à oublier.

De loin, c’est une pratique qui non seulement avilie celui qui le fait, mais l’expose ainsi que l’entourage à des risques de maladies.

Des solutions ?

 La nécessité d’un changement de comportement est essentielle et cela passe par une prise de conscience individuelle et une observation écocitoyenne collective. Afin de venir à bout de ce phénomène, un certain nombre de mesures doivent être prises.

Le projet « Sdal » mis en place par un certain nombre d’ONG au Togo, notamment Børnefonden, a contribué à sa façon à lutter contre cette pratique. Mais du chemin reste encore à parcourir.

L’État togolais se doit de prendre des mesures idoines pour assainir l’environnement. Cela passe essentiellement par la construction de latrines publiques en nombre suffisant.

Interrogé, le chargé des prestations de l’ANASAP, M. Akpama indique que l’institut de salubrité publique  joue un rôle important dans le revêtement de la belle image de Lomé mais concernant l’urine sur les lieux publics par des concitoyens non écoresponsables, il est impérieux que des toilettes publiques soient construites dans toutes les artères du pays.

Et à la question que c’est coûteux, il dit qu’il y a un prix a payé pour y remédier à ces actes qui en plus de polluer les nappes phréatiques salissant la ville de Lomé et le Togo en général.

Et de conseiller  «  pour les latrines publiques, il faut que les usagers utilisent du papier lotus pour nettoyer les toilettes pourvues de cuvette. Si c’est une toilette simple, ils doivent prendre des précautions pour ne pas trimbaler les organes génitaux sur des parties sales.

Pour Edem D’almeida, le Directeur Général d’Africa Global Recycling (AGR)  pour mettre fin à cet acte d’incivisme il va falloir faire recours  à  la brimade.

« Mettre fin,  au fait d’uriner en public au Togo, doit  constituer  un délit. Il faut que ça soit inscrit dans la loi et que ça  devienne punissable. Elle agit sur nos nappes phréatiques. Certes on parle de manque de latrines mais chacun doit pouvoir prendre ses responsabilités et penser à mettre fin à ce problème d’ordre environnemental et sanitaire », déplore-t-il.

Entre autres, former et informer les populations sur les dangers liés à cette pratique par le truchement des médias et autres affiches publicitaires, renforcer les capacités des structures étatiques qui ont en charge l’hygiène et l’assainissement, impliquer au plus haut point les Organisations de la Société Civile (OSC) qui ont pour mission la santé et l’assainissement, augmenter les investissements en faveur de cette lutte, mettre un point d’honneur sur des méthodes punitives de ceux qui la pratique de sorte à raisonner les contrevenants, faire une capitalisation des bonnes pratiques de sorte à inciter et encourager les populations.

Le  coordonnateur du PNJE, Ahiamey flamay  Ahiafor, président du Parlement national des jeunes pour l’eau affirme que l’autorité est en train de fléchir par rapport aux lois.

“Il existe un arrêté du ministère de la Santé et de l’hygiène publique qui interdit cela et prévoit des amendes, cependant ce n’est toujours pas mis en application. Actuellement, c’est à la mairie de s’approprier ces textes afin que les citoyens changent ces actes inciviques. Il faut également communiquer énormément sur les mesures à prendre pour enrayer le mal qui salit l’image de notre pays pour ne pas dire notre ville.”

A ce propos, la loi N°2009-007 du 15 Mai 2009 portant code de la santé publique de la République Togolaise définit les droits et les devoirs inhérents à la protection et à la promotion de la santé de la population notamment en son article 4.

L’État, ne pouvant pas faire le gendarme derrière tous les Togolais, il revient à la population de se conformer aux règles qui sous-tendent la protection de l’Environnement afin de contribuer au développement du pays en adoptant des gestes écoresponsables. Cela fait partie des luttes à mener afin d’améliorer l’assainissement à l’échelle nationale et mondiale.

Kofi Meser

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