Dans les régions centrale et septentrionale du Togo, le phénomène de la transhumance est une véritable épine dans le pied des populations. Un acteur du monde rural interrogé par Vert-Togo, s’offusque face à la campagne de transhumance pour le compte de l’année 2020 qui a fait 12 pertes en vies humaines et 130 dévastations de champs, entre autres.
“Une forte densité de bêtes sur un petit territoire comme le Togo constitue une menace pour l’environnement”, dénonce-t-il, d’entrée.
Victime plus de 5 fois de ce phénomène pendant cette campagne de transhumance , l’acteur qui a préféré gardé l’anonymat propose que les bœufs soient élevés dans des zones non cultivées afin de solutionner définitivement les conflits très fréquents qui existent entre les agriculteurs et les transhumants.
«La situation aujourd’hui, n’encourage personne parce qu’il y a toujours des conflits. Le conflit ne naît pas directement entre le bouvier et les paysans. Le conflit naît à cause du bétail qui n’arrive pas à être contenu. », explique-t-il, avant de proposer des pistes de solutions.
« On peut limiter le nombre des troupeaux qui rentrent au Togo. Car les portes d’entrée des transhumants sur le territoire togolais, même si leur nombre a été réduit selon le gouvernement, restent larges et encore nombreuses. On peut également faire des parquets d’élevage ou au pire des cas, définir des zones au Togo pour les troupeaux. », conseille-t-il.
Et d’ajouter « (…) pour qu’on réussisse à résoudre ce problème, il faut que les bœufs ne soient plus dans les champs. Car les bêtes polluent les cours d’eau et donc empêchent même les maraîchers d’arroser leurs légumes sous peine de les voir pourrir ; cette eau contaminée cause même des maladies de peau et des démangeaisons à nos populations. » En plus de son impact direct sur la population, la pollution de l’eau bouleverse aussi tout l’écosystème.
La transhumance est devenue un véritable fléau. Outre les destructions, les phénomènes de vol de bétail, d’agressions physiques, de braquages, d’intrusions, de vols dans les magasins de stockage sont aussi observés en période de transhumance.
« Les terres s’appauvrissent, les cours d’eau s’assèchent. À partir d’octobre, les rivières sont sèches à cause des bœufs qui cassent les rives et ces cours d’eau se tarissent. Les sols deviennent très secs. J’ai été victime déjà 5 fois. Ces bœufs sont là pour dévaster en tout temps. Ils détruisent en juillet et août en pleine végétation. Il n’y a pas de moment où les bœufs ne sont pas là. J’ai fait un verger de 5 ha, ils ont tout détruit. Pareil pour ma forêt d’essences naturelles dévastée ainsi qu’une palmeraie. Il urge donc que l’État togolais puisse délimiter de ces zones pour ces troupeaux. », lance-t-il.
« Quand les dévastations arrivent, on nous parle de dédommagement du propriétaire. Tout ceci n’est que des jeux de mots car la campagne ne dure que 4 mois. Alors que les troupeaux sont là et ceci partout. 12 mois sur 12 on peut les voir toujours à la basse besogne. Je n’ai pas besoin qu’on me dédommage quand je sais que mes plantations une fois dévastées agissent sur moi pour un bon bout de temps. Si les bœufs ne vont pas dans les champs il n’y aura pas de dégâts. », martèle-t-il.
La crainte du passage des bœufs décourage dans certaines localités tout projet de cultures, de reboisement ou d’agro écologie.
Au Togo et, plus généralement en Afrique de l’Ouest, les affrontements notamment entre éleveurs peul, souvent nomades, et agriculteurs, se sont multipliés ces dernières années, faisant plusieurs morts. En 2016, trois personnes ont été tuées à Agbélouvé, à environ 60 km au nord de Lomé, par des bouviers. En riposte, les populations ont attaqué les éleveurs nomades. A Agou, à environ 100 km au nord-ouest de Lomé, un agriculteur a trouvé la mort, suite à un conflit avec des Peuls dont les bœufs ont dévasté son champ. Il en avait été de même à Tchalo et Guérin-Kouka, au nord du pays.
Il est à noter que certains troupeaux sont pâturés dans les réserves de faune et de flore de l’État dans certaines localités du pays.
Par ailleurs, le gouvernement a mis en place un certain nombre de dispositifs pour faire face à cette récurrente crise de transhumance. Un Plan opérationnel de gestion de la transhumance a été adopté, pour une gestion apaisée du phénomène à travers la coexistence pacifique entre les différentes communautés touchées. Mais dans les faits, ces mesures restent largement insuffisantes et parfois inadaptées.
Le contrôle de cette transhumance sahélienne est complexe. Le 7 février dernier, le ministre-président du comité national de la transhumance avait semblé prendre le dessus en disant que « des instructions fermes ont été données aux principaux responsable des organisations d’éleveurs et aux autres (rougas, bouviers, propriétaires d’animaux etc.) de faire arrêter la divagation des animaux sous toutes ses formes».
Hector N.



