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Togo : Entretien avec DIWEDIGA Badabaté, lauréat du prix de l’environnement 2020 TWAS

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Badabate Diwediga lauréat prix 2020 TWAS - Samira Omar Innovation for Sustainability

Au cours du mois de Février, l’Académie mondiale des sciences basée en Italie a décerné le prix TWAS─Samira Omar Innovation for Sustainability Award 2020 au jeune togolais défenseur de l’environnement DIWEDIGA Badabaté. Un prix qui vient consacrer une fois de plus ses efforts, en tant que jeune scientifique pour la cause climatique, la protection de la nature, et la réduction de la pauvreté en milieux ruraux.

Dans un entretien exclusif accordé à Vert-Togo, le jeune activiste de l’environnement qui n’est pas à son premier sacre, a levé un coin de voile sur ses motivations, ses actions et surtout ses ambitions pour apporter à sa manière, un brin de changement dans la vie des populations rurales togolaises.

Vert-Togo : Présentez-vous s’il vous plait ?

DIWEDIGA Badabaté: Togolais de père et de mère, je m’appelle DIWEDIGA Badabaté, né à Kétao (préfecture de la Binah) dans le nord du Togo. J’ai passé mon enfance en milieu rural dans les régions des Savanes et des Plateaux, particulièrement dans la préfecture de l’Ogou. J’y ai effectué mes études primaires et secondaires jusqu’à l’obtention du Baccalauréat Série D au Lycée d’Atakpamé en 2004. Je poursuivis alors mes études universitaires à la Faculté des Sciences de l’Université de Lomé jusqu’à l’obtention d’un Diplôme d’Études Approfondies (DEA) en Gestion de l’Environnement en 2010.

Après un bref répit de 2 années, je poursuivis mes études doctorales à Kwame Nkrumah University of Science and Technology (KNUST) à Kumasi (Ghana) a la faveur d’une bourse doctorale offerte par le Ministère Fédéral Allemand de l’Education (BMBF) à travers le Programme Ouest-Africain WASCAL . Après mon doctorat en 2016, j’ai eu la chance de participer à quelques programmes post-doctorants. Actuellement ; je suis assistant vacataire de recherche au Laboratoire de Botanique et d’Ecologie Végétale à l’Université de Lomé.

Comment est né votre engagement pour la cause climatique (activisme) ?

Je dirai que mon activisme pour le climat a débuté froidement depuis 2002, après le Sommet Rio+20 à Johannesburg (Afrique du Sud). Je suivais alors quelques bribes d’informations sur le phénomène climatique, bien que je ne comprenais pas grand-chose. Ce n’est qu’en 2008 en Maitrise Environnement, recevant des enseignements sur les relations entre la dégradation des écosystèmes, les bouleversements climatiques et les extinctions de masse, que mon engagement s’est beaucoup attisé. Et cela s’est poursuivi depuis lors avec mon admission en DEA et en doctorat en 2013.

Expliquez-nous cet intérêt particulier pour l’environnement ?

Je nourris une passion pour la nature depuis mes années scolaires : La nature d’abord, c’est elle qui nous fournit tout. Elle soutient tous les systèmes de production et de développement économique. Nous avons soutiré beaucoup à la nature, nous lui devons beaucoup de choses. Tous les services qu’elle nous a rendus sont inestimables. Nous devons donc la protéger pour tirer continuellement bénéfice de ces services innombrables.

Depuis le bas âge, j’ai observé et contribué naïvement à la destruction de la nature, de ces écosystèmes de savanes et forêts que nous exploitions pour la production agricole, et le bois de chauffe (charbon de bois et bois de feu). Je revoyais constamment tout le tort causé à la dame Nature, sans pour autant contribuer à sa reconstitution dans les mêmes proportions. Dommage !

Aujourd’hui vous êtes lauréat du prix de l’environnement 2020 TWAS , dites-nous qu’est-ce qui vous a valu ce prix? Que représente-t-il pour vous ?

Le jury m’a sélectionné pour mes efforts de promotion de la gestion durable des terres en vue de l’innovation agricole, de la transformation rurale durable et la contribution à l’adaptation et l’atténuation du changement climatique en Afrique. Évidemment, les approches dans mes travaux de recherche-action sont très souvent participatives, inclusives, spatialement explicites et très orientées vers les vrais nécessiteux. Ce sont les producteurs sur le terrain (agriculteurs et éleveurs) car ils sont les premiers acteurs de la chaine causale de la dégradation de la nature. Ces approches offrent de fortes potentialités de mise à échelle des lors que le principe est acquis par une minorité de producteurs.

Après le prix de Talent Vert en 2018 et bien d’autres distinctions, ce prix est concrètement une nouvelle consécration pour mes efforts, aussi modestes soient-ils, pour la cause climatique, la protection de la nature, et la réduction de la pauvreté en milieux ruraux. Ce prix est aussi une exhortation a faire davantage pour toujours impacter positivement et durablement les moyens de subsistance des communautés rurales et la protection de la nature.

Pourquoi la gestion durable des terres est au cœur de vos motivations et de vos combats ?

J’ai observé pendant longtemps la destruction de la nature, particulièrement l’épuisement des ressources en terres. Conscient que cet épuisement est causé principalement par des pratiques agricoles agressives, j’ai pris sur moi l’engagement de contribuer à renverser la tendance actuelle, d’encadrer les agriculteurs afin de leur inculquer de bonnes pratiques, en améliorant leur habitude et aussi, en les sensibilisant, informant sur les conséquences néfastes de l’exploitation irrationnelle ou non durable des terres observées depuis des décennies.

En milieu rural surtout, tout part de la terre (y compris la forêt). La terre est nourricière, et elle doit être suffisamment entretenue pour qu’elle soutienne continuellement les systèmes de production. J’apporte alors ma modeste contribution pour soutenir les efforts allant dans le sens de la gestion durable des terres, et surtout la sécurisation des moyens de subsistance des ruraux.

Avec ce prix, aujourd’hui quelles sont vos perspectives pour le Togo ?

Avec ce prix, je comprends que c’est un nouveau défi pour moi, celui de continuer par impacter beaucoup plus à travers mes travaux. C’est aussi une opportunité pour saisir les brèches de partenariat et collaboration allant dans le sens de mener la lutte pour la cause commune : la protection de la nature. Nous sommes dans la Décennie des Nations-Unies pour la Restauration des Écosystèmes (2021-2030), une décennie d’actions à fort impact pour restaurer notre planète. Au niveau national, je compte contribuer à multiplier et renforcer les initiatives visant la restauration des écosystèmes afin d’aider mon pays à atteindre ses ambitions et engagements nationaux et internationaux en matière de restauration des terres et paysages.

Je remercie sincèrement Vert Togo pour tous les efforts multiformes pour réellement informer et engager les populations pour la cause environnementale.

Propos recueillis par Hector Nammangue

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