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Au Togo, les Beach rock menacent la vie des pêcheurs

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Vue partielle du Beach Rock apparaissant au dessus des vagues

Il est presque midi à Kossi Agbavi, petit village de pêcheur de la préfecture des lacs au sud du Togo. Le jeune Koffi Lokossou, mine froncée, n’a toujours pas mangé depuis le matin.

« Avant, on pouvait aller pêcher très tôt le matin avec papa et certains de ses collègues. On préparait divers mets, dont un en bonne quantité, était gardé pour la soirée. Mais depuis que les blocs (beach-rocks) sont apparus avec l’avancée de la mer, nos parents n’arrivent plus à pêcher. L’activité a disparu subitement. Tout ceci a porté un sacré coup à notre survie et nous passons maintenant des journées entières sans rien trouver à se mettre sous la dent. », déplore le fils d’un pêcheur du village presque englouti par la mer, rencontré par Vert-Togo.

Loin d’être un cas isolé, la situation de Koffi est le lot quotidien des enfants et familles des pêcheurs sur le littoral depuis que l’exhumation du beach-rock a entraîné l’abandon de certains sites de débarquement comme ceux de Kpogan, Djékè, etc…

L’abandon de la pêche, activité autrefois très rémunératrice, a engendré d’énormes problèmes socio-économiques avec à la clé, la déscolarisation des jeunes.

« Franchement je ne me rappelle plus quand Papa et moi avons encore parlé de mes études. J’ai certes eu mon Bac, j’ai débuté la première année, mais arrivé en deuxième année à l’Université de Lomé j’ai dû laisser tomber, faute de moyens financiers. », confie un autre enfant de pêcheur, étudiant à l’Université de Lomé.

À partir de ces constats, il se pose le problème de la dégradation des pêcheries sur le littoral togolais, parent du phénomène de l’érosion côtière.

Les beach-rock, le véritable phénomène !

D’altitudes variables, diminuant vers l’est, le beach rock est d’aspect massif et légèrement incliné vers la mer. Sous forme de gigantesques roches géologiques, les beach rocks se forment dans le sable à travers une consolidation du sable et du calcaire, développant ainsi une certaine résistance. Ils détruisent les sennes, de même que les pirogues, obligeant certains pêcheurs à se déplacer au port de pêche ou sur celui de Kpémé.

Vue de près du Beach Rock

Plus précisément, selon les explications de l’expert en érosion côtière et changement climatique à la direction de l’environnement, Bakatimbe Tchannibi, ces beach-rock « sont des bandes de roches qui longent la côte avec des largeurs de 5 à 10 m espacées et ayant entre 50 et 100 m de longueur. Elles sont parallèles à la côte. A certains endroits elles sont visibles. On peut les voir à partir du port de Lomé, au niveau de Kadanga, Madiba, Avepozo (ndlr : quartiers situés en bordure de mer à la sortie sud-est de Lomé), ou au niveau de l’hôtel Novelas Star. »

À l’Union des Coopératives de Pêche Maritime du Togo (UNICOOPEMA), tous les pêcheurs sont unanimes sur le fait qu’ils éprouvent des difficultés pour remonter leurs pirogues hors de l’estran, compte tenu du profil abrupt de la côte.

À en croire les explications d’Ametepe Gininvi originaire de Kossi Agbavi et secrétaire général de l’UNICOOPEMA, l’érosion côtière avec l’apparition des Beach Rock a accéléré la disparition de l’activité de pêche sur les côtes togolaises. « Les Beach-rock sont des roches qui étaient sous le sable. Une fois que la mer avance, ces roches apparaissent et empêchent les pirogues des pêcheurs de traverser la barre pour aller au large. Une fois que vous tombez sur ses roches c’est la mort. Certains ont du même perdre des membres de leur corps lors de la traversée à bord des pirogues. », raconte-t-il.

Pour certains pêcheurs toujours tenaces à l’activité, le seul recours est de venir s’installer à Lomé. Plus précisément dans le quartier de Kadanga afin de pouvoir aller au large en passant par le port de pêche. « Beaucoup de jeunes pêcheurs qui ont déménagé de leurs villages doivent louer ici à Lomé pour pouvoir pêcher par le nouveau port de pêche afin de nourrir leurs familles. Toutes les sortes de pêche au niveau de la côte peinent aujourd’hui. », déplore-t-il.

Le phénomène n’est pas méconnu du ministère de l’environnement. L’expert en érosion côtière et changement climatique, Bakatimbe Tchannibi, a indiqué que le Beach rock, depuis son apparition au Togo a eu beaucoup plus d’impacts négatifs que positifs.

« Le Beach rock a des répercussions négatives et c’est essentiellement le secteur de la pêche qui paie le lourd tribut. Il y a la pêche à la selle développée sur la côte togolaise qui prend un coup dur, ainsi que la pêche avec les pirogues motorisées. Effectivement sur le long de la côte, il y a des villages de pêcheurs qui se sont spécialisés dans la pêche. Ils développent l’activité selon leur localisation. Et donc l’apparition du Beach rock a modifié le comportement des pêcheurs.», a-t-il détaillé.

Et d’expliquer, « C’est une roche dure et quand on lance des filets auprès de la roche, c’est normal qu’elle se déchire. Elle n’est pas située à un endroit précis dans la mer. Le Beach rock longe toute la côte et c’est ce qui fait que les pêcheurs se doivent de s’adapter à cela. »

Aussi poursuit-il, « Il faut reconnaitre que certains pêcheurs ont abandonné l’activité, juste parce que les rochers l’ont rendu pénible. Et du coup ceux qui étaient à l’ancien port se sont retrouvés au nouveau port de pêche. D’autres encore se sont reconvertis, mais dans d’autres activités qui ne les avantagent pas. »

Un tableau pas que noir

Si les beach rock font déserter les pêcheurs de leur domaine de prédilection au Togo, elles ont quand même des impacts positifs sur le littoral Togolais. En effet, ces roches géologiques sont comme des brise-lames. Elles servent à protéger le littoral de l’érosion, ce qui signifie qu’elles empêchent les vagues d’emporter le sable de la plage.

« Le beach Rock est un composant de la nature et les pêcheurs devront s’adapter et pourquoi pas, voir dans la mesure du possible comment s’y faire. Ceci en cherchant des endroits où il y a des failles au niveau du beach rock en identifiant les jours où ils ont un accès favorable du passage de la mer. », soutient l’expert. « Même si le gouvernement est à pied d’œuvre pour renforcer notre côte, les Beach Rock contribuent toujours à leur conservation. », a-t-il affirmé.

Des mesures d’adaptation vivement recommandées

Dans le but de solutionner, cette situation Edou Komlan, expert en changements climatiques au ministère de l’environnement propose que les pêcheurs maitrisent la carte des beach rock. Selon lui, cette carte leur permettra de savoir quand il faut aller au large ou pas.

Pour Polo-Akpisso Aniko, expert des Contributions Déterminés au niveau national (CDN) , il faut étudier le calendrier actuel de la pêche au Togo et s’adapter à cela.

« C’est important de s’adapter face à cet enjeu environnemental. Puisque les mouvements de la marée ont changé, même la disponibilité des habitations sur la côte a changé, peut-être qu’il y a des espèces de poissons qui devaient nicher dans ces zones mais qui ne sont plus là et c’est aussi possible que ces espèces de poissons disparaissent dans ces zones où les beach rock apparaissent. Il faut s’adapter à cette situation et savoir quel changement est intervenu. Ceci via une étude qui peut se faire afin de déterminer la disponibilité en termes de ressources humaines dans le secteur de la pêche. », a-t-il proposé.

L’expert en érosion côtière et changement climatique, Bakatimbe Tchannibi a souligné que le projet “Corridor” prend déjà en compte cette situation. Il affirme que des efforts ont été réalisés par le gouvernement pour aider les pêcheurs en équipements.

« Le nouveau port de pêche construit peut aider également les pêcheurs à continuer leurs activités. Il a été construit pour réglementer ce problème. », a-t-il précisé.

Hector Nammangue


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