Augmentation des températures et du niveau de la mer, événements météorologiques extrêmes etc… Le changement climatique fait peser des menaces sur de nombreuses régions du monde avec des évolutions très diverses.
Ces risques sont particulièrement élevés sur les zones côtières qui sont fortement peuplées. Les défis liés aux risques physiques et aux stratégies d’adaptation en zones côtières sont au cœur des préoccupations des décideurs.
Au Togo, des travaux de recherche sont menés en étroite interaction avec le gouvernement pour une adaptation durable et juste à l’avancée de la mer. Parmi ces travaux figurent ceux de l’ingénieur sexagénaire togolais, Déo Eklu-Nathey. Sa solution innovante dénommée « Puits de futs » fait parler d’elle.
D’après les explications de l’ingénieur, le « Puits de futs », consiste à creuser et à rechercher la « Beach-rock » à environ 2 m, pour faire asseoir sur elle les buses. Ces dernières seront remplies de sable afin de lui donner une bonne assise pour résister solidement contre la force des vagues.
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« Au début, c’est avec des briques que je construisais. Mais avec les vagues, ces briques se sont fissurées. Ensuite, on a pensé à des murs en béton qui se sont avérés très coûteux, avant d’arriver aux buses qui donnent un espoir d’aboutir sur une technique concluante », a-t-il expliqué.
Un système normalement connu
La technique de M. Eklu-Nathey consiste en un système de puits accolés profonds de 3 ou 4 mètres enfoncés dans le sol pour donner de la stabilité à tout l’ouvrage. Selon l’ingénieur, cette technique est un système normalement connu. « J’ai juste utilisé le système des parois de tout genre qu’on connait dans la géo technique pour protéger mon habitat contre l’érosion marine. Ce n’est pas seulement une protection, mais c’est aussi pour récupérer le sable à la mer. Quand les vagues viennent frapper contre les parois des futs, il y a une bonne quantité d’eau chargée de sables qui se déverse, c’est la mer qui apporte le sable là. C’est ça l’innovation », décrit-il.
Débutés il y a six (6) ans déjà, les essais sur ces “puits de futs” ont finalement retenu l’attention du gouvernement Togolais. Ce dernier, à travers le projet d’urgence WACA, compte financer la réalisation de ces ouvrages sur une portion de la côte jugée très critique au regard des dégâts causés par l’avancée de la mer. « Le gouvernement a vu que le système marche. Il a donc ordonné que je réalise les mêmes ouvrages à Gbodjomé, Dévikinmé et à Nimagna. », se réjouit-il.
Et à la question de savoir si ces puits peuvent tenir dans le temps, l’ingénieur répond que l’efficacité dépend des matériaux utilisés. « Le gouvernement a ordonné de le faire en béton et ce sont ces puits en béton que la mer remplis de sable. On peut en faire encore de plus solide que ça. », justifie-t-il.
Un système contraint à l’épineuse question de la pérennité
La technologie de l’ingénieur, explique, M. ADJOUSSI Pessièzoum, expert sur les changements climatiques et l’érosion côtière, ce sont des ouvrages qui fonctionnent comme des brises lames disposés parallèlement à la côte ceci suivant un plan linéaire dans la zone intertidal.
« C’est une technologie développée localement que nous saluons. Les ouvrages de protection en buse ont contribué au piégeage des sédiments dans des conditions de dynamique hydrologique marine animé par la montée des marées. Mais par endroit certains buses sont désorganisés à côté du fait que les mortiers ralliés ont été enlevés à cause des vagues. », a-t-il confié.
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La technologie selon l’expert est une première au Togo. Toutefois, en termes de durabilité, elle ne permettrait de protéger que temporairement les côtes. « Certes on est encore à pied d’œuvre pour voir ce qu’il en est de cette technologie. Mais en termes d’efficacité, c’est mitigé à cause du mortier qui scelle les buses. En principe cela doit renforcer la stabilité des buses. Donc on ne sait pas s’ils peuvent durer où résister à l’assaut des vagues. Une fois que ces mortiers sont enlevés, les buses sont déstabilisées comme à certains d’endroits.»
Une préoccupation partagée également par les populations riveraines. Même si la technologie fait leurs choux gras. Bon nombre d’entre elles émettent également des réserves sur sa pérennité. « Nous avons vécu longtemps dans l’attente d’une amélioration de cette situation. Aujourd’hui c’est fait avec la solution de M. Eklu-Nathey, mais nous sommes toujours dans l’attente de voir si cela va durer dans le temps. », a laissé entendre un riverain.
« Nous avons installé des rochers pour la protection de notre propriété à Avepozo. Mais cela n’a pas empêché la mer de tout saccager dans les moments de marée haute. Qu’en sera-t-il de cette technologie avec le temps ? La question mérite d’être posée même si on sait qu’on nous rassure du matériel avec lequel la technologie a été érigée. », a lancé un autre riverain à Avepozo.
Pour information la dégradation de la côte togolaise s’effectue par endroits entre le port autonome de Lomé et la ville d’Aného. Elle s’est accentuée depuis 2012 et ce phénomène selon les riverains, serait dû aux travaux d’extension du port autonome de Lomé.
Depuis le village de Gbodjomé jusqu’Agbodrafo dans la préfecture de Lacs, l’érosion côtière s’est très accentuée ces dernières années emportant par moment et par endroit, des maisons, des écoles et même des cimetières. En juin 2020, près de 300 familles victimes de cette érosion, organisées en collectif ont manifesté, appelant le gouvernement et ses partenaires à trouver une solution urgente pour sauver le reste des habitats et le peu de patrimoine qui leur restent encore.
Hector Nammangue











