Togo/Gestion des déchets dangereux : le problème de donnée fiable résolu avec le Plan national de Développement Sanitaire (PNDS 2017-2022)

Au Togo, les défis environnementaux pour la santé sont nombreux ; la charge de morbidité et de mortalité des maladies est très élevée en raison du faible accès à l’eau potable et à l’assainissement. Avec un système de santé de 3 CHU (2 à Lomé et 1 à Kara), 6 CHR (1 par région sanitaire), 46 hôpitaux (19 de type 1, 15 de type 2 et 12 spécialisés), 741 USP (552 de type 1 et 189 de type 2), 323 cliniques et cabinets privées agréés (86 cliniques et 237 cabinets).

Cependant, aucune donnée fiable sur la quantité de la production annuelle totale des déchets dangereux n’est disponible.  C’est dans ce contexte que, en application du Plan national de développement sanitaire (PNDS 2017-2022), le gouvernement togolais a obtenu l’appui de la Banque mondiale pour le financement du Projet de renforcement de la performance du système de santé (PRPSS), particulièrement dans les régions des Plateaux, Maritime, Centrale et Lomé-commune. Il comprend un important volet environnemental relatif à la problématique de la gestion des déchets dangereux dans les formations sanitaires. Apprend-on du bihebdomadaire Togolais l’Union pour la Patrie.

Pour en garantir une exécution efficace, la même source indique  qu’ un Plan de gestion des déchets dangereux (PGDD) est développé afin de  disposer d’un système pertinent de planification et de gestion des déchets biomédicaux dont la mise en œuvre permettra d’améliorer la santé publique, tout en respectant les préoccupations environnementales, techniques et socioculturelles. De quoi prévenir et gérer les impacts et risques liés aux déchets biomédicaux solides et liquides produits dans le cadre du projet.

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Ce Plan d’actions de cinq ans (2019-2023) prend en compte certains investissements de génie civil tels que la construction d’incinérateurs artisanaux, l’acquisition des incinérateurs conventionnels et d’un broyeur/stérilisateur ; les activités relatives au renforcement institutionnel et législatif (texte législatif, guides de gestion des déchets dangereux), à l’amélioration de la gestion des déchets dangereux dans les formations sanitaires (matériel de collecte et équipement de protection appropriés, produits de désinfection, etc.) ; la formation (encadreurs, gardes malades, personnel entretien) et sensibilisation (supports, kits, affiches, messages dans les radios communautaires, etc.) ; le financement et l’appui aux initiatives privées dans la gestion des déchets dangereux ; le suivi mensuel au niveau national, régional et préfectoral ; l’évaluation à mi-parcours et finale.

Les déchets biomédicaux mal gérés faute d’absence d’une politique nationale

Le bihebdomadaire rappelle  que deux catégories de déchets sont produites par les établissements de soins : les déchets assimilables aux ordures ménagères, issus des activités non médicales et constitués par les ordures ménagères, les emballages de conditionnement, les déchets administratifs, de balayage, de cuisine, de jardinage… Ils représentent 80% à 85% de l’ensemble des déchets des formations sanitaires.

Et les déchets dangereux, composés des piquants et tranchants (aiguilles de seringues, lames de bistouri), des pièces anatomiques (placenta, produits d’exérèse), des fongibles contaminés (pansements) ou des produits chimiques, pharmaceutiques, radioactifs…

Cette catégorie représente environ 15% à 20% des déchets produits par les établissements de soins.

Les principaux constats d’un état des lieux de la gestion des déchets dangereux sont l’absence d’une politique nationale, même si plusieurs documents et textes ont mis en exergue la gestion des déchets médicaux au Togo ; la déficience du cadre législatif ; l’insuffisance d’organisation et d’équipements performants ; l’insuffisance des connaissances et la non-adoption des comportements favorables (les documents n’abordent pas suffisamment les risques sanitaires liés à la manipulation des déchets par le personnel) ; l’insuffisance des ressources financières allouées (allocations quasiment symboliques, expliquant la faible présence des sociétés privées exclusivement actives dans la gestion des déchets dangereux).

Au même moment, on a évalué la gestion des déchets biomédicaux solides dans les structures sanitaires ciblées par le projet, sur toute la chaîne de production, transport, stockage et élimination. Résultats : toutes les structures sanitaires visitées n’effectuent pas la quantification des déchets générés par jour.

Toutefois au CHU Campus, la quantité produite de déchets d’activités de soins à risques infectieux mous (DASRI) a été estimée à 25 kg par jour, soit 9,125 tonnes par an, et les déchets assimilables aux ordures ménagères (DAOM) à 142 kg par jour, soit 51,830 tonnes par an. Selon les observations faites sur le terrain, la quantité du premier lot de déchets pourrait être revue à la baisse si le tri était bien fait à la source, dit-on. En 2017, 20% des formations sanitaires de la région de Lomé-commune et des Savanes ont effectué le tri à la source, contre 56% dans les Plateaux, 54% dans la Kara, 27% dans la Centrale et seulement 3% dans la Maritime.

D’où 30% en moyenne nationale. Ces données cachent bien des disparités. Exemples : à l’hôpital de Bè, CHR Lomé-commune et CHU Campus (région Lomé-commune), le tri à la source est l’un des maillons le plus faible dans le système de gestion des déchets biomédicaux.

Dans les deux premiers centres, les sachets poubelles de même couleur (noire) sont utilisés pour la collecte des deux sortes de déchets.

Les objets piquants, coupants et tranchants (OPCT) sont collectés dans des boîtes de sécurité lorsqu’elles sont disponibles ou dans les emballages recyclés du kit de césarienne au CHR Lomé-commune.

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Au CHU Campus, malgré l’existence des sachets poubelles jaunes, certains services collectent directement les DASRI dans les poubelles ; des bidons plastiques de volume 4 à 5 litres sont utilisés pour la collecte des OPCT. Dans la région des Plateaux, le tri à la source n’a pas été observé aussi bien au CHP de Notsè que dans les USP visitées. Il n’existe pas d’entreposage initial au niveau des services des structures hospitalières. Les déchets pré collectés dans les salles de soins sont directement convoyés vers des lieux de regroupement qui tiennent de lieux d’entreposage.

Mais ces lieux ne respectent aucune norme, ne sont ni sécurisés ni interdits d’accès aux usagers de ces structures, et ne sont pas aménagés de manière à permettre un nettoyage facile, à être protégés des rongeurs et autres animaux, avec un pictogramme signalant le risque infectieux. Le transport des déchets des services vers le point de regroupement se fait manuellement ou à l’aide de vieilles chaises roulantes abandonnées.

 Du lieu de regroupement vers le lieu d’élimination, il se fait à l’aide des poubelles à roulettes au CHU Campus tandis que, pour l’hôpital de Bè, les boîtes de sécurité sont convoyées par taxi vers l’incinérateur du centre de santé de Katanga. A l’hôpital de Bè et au CHR Lomé-commune, les DASRI et les DAOM sont enlevés par une structure privée pour une destination inconnue. Cette pratique présente des risques aussi bien pour les manipulateurs externes que pour l’environnement.

Les incinérateurs, les solutions aux   déchets dangereux

Le traitement des déchets se fait soit par les incinérateurs de type De Montfort, soit par l’incinérateur semiélectrique de type MP 100, HTI, ou type chinois, au CHR Lomé-commune.

En 2016, au plan national, le taux de couverture en incinérateurs De Montfort fonctionnels est très faible, à 29%. Il est de 32% dans les Plateaux et 14% dans Lomé-commune. Dans le district sanitaire de Haho disposant de 21 USP, seulement 2 incinérateurs sont fonctionnels. Dans le district sanitaire d’Anié, le CHP et 9 USP sur les 13 ne disposent pas d’incinérateurs fonctionnels. Ceci oblige les acteurs à procéder au brûlage à l’air libre des

DASRI mélangés aux DAOM, dans des fosses à déchets (la destruction n’est jamais totale avec des taux d’imbrûlés de l’ordre de 70%). Le document du plan quinquennal rappelle que cette pratique expose davantage, aussi bien les usagers des structures sanitaires que le personnel soignant, à des risques sanitaires majeurs en raison des émissions des fumées toxiques générées et des résidus issus de la combustion incomplète des déchets. Du fait de l’absence du tri à la source, les déchets introduits dans les incinérateurs type De Montfort contiennent des éléments non recommandés tels que les ampoules et autres flacons en verre, ce qui limite l’efficacité de l’incinération.

La construction de la fosse à cendres loin de l’ouvrage constitue un risque supplémentaire pour les manipulateurs qui sont contraints de transporter les résidus des déchets incinérés vers ces fosses. Véritable problème de santé publique, finalement ! En dehors des incinérateurs type  De Montfort, on dénombre 17 incinérateurs conventionnels semi électriques (Savanes 2, Kara 2, Centrale 1, Plateaux 4, Maritime 4 et Lomé commune 4). Mais l’option des incinérateurs conventionnels de type MP 100 connaît une contrainte liée à leur coût d’investissement et surtout d’exploitation exorbitants.

Il faut rappeler que, avec l’appui financier de CDC Atlanta et l’OMS, 11 incinérateurs ont été construits dans les districts sanitaires d’Akébou, Sotouboua, Lacs, Zio et Cinkassé. Et 18 autres incinérateurs réhabilités dans les districts d’Akébou, Ogou, Tchaoudjo, Tchamba, Kozah, Lacs, Zio, Oti, Cinkassé et district 5 de Lomé- Commune. Fin janvier 2019, les 29 incinérateurs ont été remis au ministère de la Santé et de l’hygiène publique.

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