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Grand Dossier Environnement : Le phénomène de l’érosion côtière au Togo qu’en est il aujourd’hui?

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En dépit des efforts qui ont été observés dans le monde entier pour intégrer la lutte contre l’érosion côtière en Afrique et en particulier de la rencontre qui s’est tenue à Paris en décembre 2015, le résultat demeure le même partout en Afrique et en partie au Togo. 11pays africains notamment le liberia, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, le Togo,  le Bénin ,l’Afrique du sud, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, le Kenya sont touchés négativement par le changement climatique. Aujourd’hui encore le changement climatique n’a pas épargné ses actions sur la côte togolaise. Il brise la parfaite relation qui liait les hommes et la dame nature , et ceci pendant plusieurs années.

 

L’une de ces conséquences directes qu’il engendre est l’érosion côtière qui dévisage les plages dont les sables fins attiraient autrefois et qui servaient d’activités génératrices aux populations togolaises riveraines.

En Afrique de l’Ouest, particulièrement au Togo, le phénomène a pris une proportion alarmante forçant les populations riveraines à abandonner leurs habitations depuis quelques années.
Sous une paillote en branle au bord de la plage vers l’hôtel Palm Beach à nyekonakpoè dans une banlieue de Lomé et dont le décor au charme suranné n’incite presque pas, ablavi Dagan,la togolaise dans la trentaine ravale la bordée de jurons qui lui brûlait les lèvres.

Le ton cinglant de la mer sur les rives lui font tressaillir.Elle baissa ses grands yeux noisettes sur son habit qu’elle ne cessait de tordre nerveusement entre ses mains tout en repensant à la dégradation de la côte,une côte sur laquelle sa grand mère dans les années 2013 étalait ses marchandises.

“C’est triste de voire comment l’érosion côtière gagne du terrain accélérant la disparition de nos biens matériels et nous dépossédant de tout.On ne sait plus à quel saint se vouer ” s’indigne la dame.

Bien évidemment aujourd’hui l’avancée exponentielle de l’érosion côtière cause la disparition accélérée des écosystèmes et habitats tels que les récifs côtiers et les mangroves pour ne citer que cela. Le phénomène prend de l’ampleur et menace les activités économiques au Togo.

« Nous étions obligés de quitter nos habitations pour fuir devant les vagues en furie qui ont aussi pris d’assaut nos jardins situés sur le littoral. Hormis la perte de nos habitations, nous ne pouvons plus exercer nos activités rémunératrices telles que le maraîchage », a expliqué un habitant de Messancondji, une localité qui subit aussi les rafles de l’érosion côtière au Togo.

Ce phénomène se manifeste depuis lors au Togo par la perte des dizaines d’hectares de la superficie du littoral en moyenne 16ha l’année ,l’engloutissement des habitations des communautés riveraines et le déplacement des populations victimes.

Il nous souvient que le dernier événement important survenu en août 2012 a fait déplacer quinze ménages de Doèvi kopé et Agavi.

Ces soucis sont partagés par Alain Lawson, un paysan jardinier qui a jeté l’éponge quelques années plus tôt face à l’avancée de la mer : « Nous avions notre jardin près de la berge. Donc, nous étions les premiers à être contaminés par l’eau de mer qui a infiltré nos puits. Je produisait spécialement du chou et de l’oignon. En 2014, nous étions obligés d’abandonner à cause de l’eau de mer qui n’est pas propice au maraîchage. Et voilà aujourd’hui nous en sommes a 4 années de plus et la situation est standard sans changement sans solutions », témoigne t-il.

Le phénomène risquerait d’enclaver les localités de la zone puisque le corridor Abidjan-Lagos se trouve aussi menacé.
L’érosion côtière aurait permi entre temps la contamination des eaux de puits par la met. Effectivement , l’eau de mer avait infiltré la nappe phréatique et les réserves d’eau souterraine dans la zone.

Résultat aujourd’hui les populations manquent toujours d’eau douce dans leurs puits pour leurs besoins vitaux.

« Les enfants souffrent de certaines maladies diarrhéiques à cause de nos puits qui sont contaminés par l’eau de mer. Je dépense 200 fcfa par jour pour se procurer en eau potable  », a expliqué Madame Chimène Aduayom, une commerçante rencontrée à Aného qui envisage de déménager.

L’eau polluée est la principale cause de maladies et de mortalité à travers le monde.

Selon l’OMS, environ 4 millions d’enfants meurent chaque année de la diarrhée causée par l’infection hydrique. La forte concentration des nitrates dans les eaux souterraines, principales sources d’eaux de distribution, constitue un risque sanitaire majeur.

Depuis lors,les côtes de la ville d’Aneho ne font que face à des réalités dont les populations riveraines vivent en particulier le déferlement des pressions marines. Une exactitude dont des experts togolais déclaraient.

« La salinisation des terres, des eaux souterraines et de surface, associée au phénomène d’ensablement de la rive de la lagune et les nouvelles embouchures de la mer sont des signes tangibles de vulnérabilité de la ville d’Aného. Elle sera soumise à de fortes pressions marines », a indiqué le Pr. Blim Adoté Blivi, Directeur du Centre de gestion intégrée du littoral et de l’environnement (CGILE) de l’Université de Lomé, et Directeur du Centre national de données océanographiques.

Dans ses études sur la « Vulnérabilité de la côte togolaise à l’élévation du niveau marin : Une analyse de prévision et d’impact  », le Géomorphologue togolais annonçait que la hausse du niveau marin le long des côtes du Golfe du Guinée pourrait atteindre 30 cm en l’an 2030, 1930 étant considérée comme l’année de référence. Le scénario climatique par rapport à l’émission de gaz à effet de serre, prévoit une constante augmentation de la température. De 0,1°C en 2000, elle passera à 0,4°C en 2020 puis 0,5°C en moyenne en l’an 2030. Estimée à 1,7 cm en 2000, l’augmentation du niveau marin atteindra 7,5 cm en 2020 puis 11 cm en moyenne en 2030.

La lutte à l’allure régionale mais à quelle fin?

Aujourd’hui, les voix s’élèvent pour faire face à cette situation catastrophique qui sévit le long du littoral du Golfe du Guinée afin de redonner espoir aux populations riveraines. La mise en place du Programme Régional de Conservation de la Zone Côtière et Marine en Afrique de l’Ouest (PRCM) illustre bien cette prise de conscience de la part des politiques. Le PRCM s’implique depuis sa création dans les aspects financiers et techniques de la lutte contre le phénomène de l’érosion côtière en Afrique de l’Ouest.

Au cours de la première conférence africaine sur l’érosion côtière tenue les 18 et 19 mai 2009 à Dakar, les experts se sont penchés sur la problématique de l’érosion côtière en Afrique de l’Ouest.
Ils ont salué la prise de conscience des dirigeants africains concernant le phénomène qui sape les efforts de développement dans les différents pays affectés pourtant le constat aujourd’hui révèle que la situation ne cesse de s’aggraver. La ville d’Aneho etant un exemple palpable.

Aujourd’hui, la mer engloutit par endroit entre 6 et 10 mètres du littoral togolais. Cette triste réalité est plus criarde à Aného, la localité située à environ 45 kilomètres de Lomé, où l’érosion côtière a contraint les populations riveraines à abandonner leurs habitations.

Selon Blim Adoté Blivi, Directeur du Centre de gestion intégrée du littoral et de l’environnement (CGILE) de l’Université de Lomé, et Directeur du Centre national de données océanographiques, cette situation est due au tarissement des roches sédimentaires et également à l’avancée de la mer.

« La situation de l’érosion côtière que connait notre pays est due au tarissement des roches sédimentaires. Les populations aussi en sont pour quelque chose car ils ramassent du sable sur les plages pour les grands travaux de construction de logement dans certaines localités. Il vous suffit d’aller à Avepozo vous verrez cette triste réalité », a expliqué Pr. Blivi.

Malgré les multiples actions que les autorités togolaises mettent en place pour freiner les conséquences néfastes de l’érosion côtière sur le littoral,la réalité demeure la même.

Le volet humanitaire des conséquences de l’érosion côtière
L’érosion côtière a contraint certains riverains togolais à quitter leurs habitations pour se retrouver dans des abris de fortune contre leur droit au logement dans les différents pays affectés.

Désormais, les experts appellent les gouvernements de la sous région à mettre en place un fonds spécial afin de porter une assistance humanitaire aux déplacés contraints par les conséquences néfastes du changement climatique à l’instar de l’érosion côtière à quitter leurs habitations. Pour M. Daniel Eklou, le Directeur du département humanitaire et social de la CEDEAO, on accorde peu d’attention aux implications sociales et aux droits de l’homme quand à ce qui concerne les phénomènes liés au changement climatique dont l’érosion côtière. « L’Afrique de l’Ouest est l’une des régions du monde où les populations sont particulièrement vulnérables aux différents risques climatiques générés par les modifications de la température, de la pluviométrie.

Aujourd’hui, on assiste à des phénomènes tels que les tempêtes, les inondations, la sécheresse et l’érosion côtière qui ont des effets négatifs sur la santé et la sécurité humaine », a expliqué M. Eklou.
Pour l’instant, le pire semble être évité avec moins de perte en vie humaine lié à l’érosion côtière comme ce fut le cas lors des inondations dans certains pays en Afrique de l’Ouest.
Malgré les mesures importantes prises depuis lors par le gouvernement togolais ainsi que les chefs d’état africains , il faut que de nouveaux efforts soient déployés pour permettre que les cotes du Golfe de Guinée soient sauvées.

Kofi Meser


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